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Droits de succession au Luxembourg pour les héritiers étrangers : ce que les expatriés doivent savoir
Au Luxembourg, ce n'est ni votre nationalité ni votre pays de résidence qui décident des droits de succession : c'est la résidence du défunt, la nature de ses biens et votre lien de parenté. Un enfant qui reçoit sa part légale paie 0 %, qu'il vive au Kirchberg, à Lisbonne ou à Montréal, alors qu'un héritier sans lien de parenté part de 15 % et peut monter jusqu'à 48 %. Et comme le Luxembourg n'a signé aucune convention fiscale en matière de successions, votre propre pays peut aussi réclamer sa part.

Le défunt résidait-il au Luxembourg ?
C'est la première question, et elle décide de presque tout. Si le défunt avait son dernier domicile au Luxembourg, ses héritiers paient des droits de succession sur l'ensemble de ses biens meubles, où qu'ils se trouvent, et sur ses immeubles situés au Luxembourg. Ses biens immobiliers à l'étranger, eux, sont exonérés au Luxembourg (Guichet.lu).
Si le défunt vivait hors du Luxembourg, la logique s'inverse : le Luxembourg ne taxe que ses immeubles situés au Luxembourg, par un droit de mutation par décès aux mêmes taux. Ses comptes bancaires luxembourgeois ne sont pas taxés. Un expatrié rentré à Lyon ou à Porto qui a gardé son appartement au Kirchberg laisse donc à ses héritiers une seule question luxembourgeoise : cet appartement.
Votre propre résidence, en revanche, ne compte pas. Que vous viviez au Luxembourg ou à l'autre bout du monde, l'administration luxembourgeoise vous applique exactement les mêmes taux. Être étranger ne vous pénalise pas. Mais cela ne vous protège pas non plus.
Combien paie chaque héritier selon son lien de parenté ?
Tout dépend de votre lien avec le défunt, et l'écart va de zéro à près de la moitié. En ligne directe, enfants et parents, la part légale, celle que la loi vous réserve, est exonérée : 0 %. Ce qui dépasse cette part, par testament, est taxé à 2,5 % ou 5 % selon les cas. Le conjoint et le partenaire déclaré au moins trois ans avant le décès paient 0 %, avec ou sans enfant commun. Frères et sœurs paient 6 % sur leur part légale et 15 % au-delà, oncles, tantes, neveux et nièces 9 % et 15 %, toute autre personne 15 %.
Ces taux de base sont ensuite majorés dès que la part nette d'un héritier dépasse 10 000 €. La majoration grimpe par tranches jusqu'à 22/10 au-delà de 1,75 million d'euros, ce qui porte le taux maximal à 48 %. Le Guichet.lu donne un exemple parlant : un frère qui hérite de 600 000 €, moitié en part légale, moitié par testament, se voit appliquer une majoration de 14/10 et paie 151 200 € au total (Guichet.lu).
Le piège classique des couples d'expatriés : vivre ensemble sans être mariés ni déclarés comme partenaires au Luxembourg. Aux yeux du fisc, le survivant est alors une personne sans lien de parenté, taxée à 15 % avant majoration. Faites vérifier par un notaire comment votre situation de couple est reconnue, avant que la question ne devienne urgente.
Au Luxembourg, c'est le lien de parenté qui fixe l'impôt, pas le passeport : 0 % pour un enfant sur sa part légale, jusqu'à 48 % pour un héritier sans lien de parenté sur une très grosse part.
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Quel délai pour déclarer, selon le lieu du décès ?
Le délai court à partir du décès et dépend de l'endroit où il a eu lieu : 6 mois si le décès survient au Luxembourg, 8 mois ailleurs en Europe, 12 mois en Amérique, 24 mois en Afrique ou en Asie (PFI, Administration de l'enregistrement). Un héritier présomptif peut demander une prolongation par écrit au directeur de l'Administration de l'enregistrement, des domaines et de la TVA (AED).
Pour un défunt résident, les héritiers déposent une déclaration de succession. Pour un défunt non résident propriétaire au Luxembourg, ils déposent une déclaration de mutation par décès auprès du bureau de l'AED dont dépend le bien. Dans les deux cas, la déclaration est obligatoire même si rien n'est dû : seule une renonciation à la succession vous en dispense. Une succession exonérée donne ensuite droit à un certificat gratuit, souvent exigé par les banques pour débloquer les comptes (PFI, FAQ successions).
Les retards coûtent cher : un dixième des droits en plus après sommation d'huissier, puis une majoration de moitié si vous ne déposez toujours pas, et 25 € par semaine pour une déclaration non imposable oubliée. Vous pouvez en revanche corriger votre déclaration sans amende pendant les six semaines qui suivent le dépôt.
Pourquoi pouvez-vous être taxé deux fois ?
Parce que le Luxembourg n'a conclu aucune convention contre la double imposition en matière de droits de succession (Chambers Private Wealth 2025). Rien n'empêche donc votre pays de résidence, ou celui du défunt, de taxer aussi ce que vous recevez, y compris un appartement à Luxembourg-Ville.
Trois éléments limitent le risque. Le Luxembourg exonère les immeubles situés à l'étranger. Les taux luxembourgeois en ligne directe et entre époux sont nuls sur la part légale : il y a donc souvent peu d'impôt à doubler. Et le pays de l'héritier peut, selon ses propres règles, accorder un crédit pour l'impôt payé à l'étranger. Ces règles varient fortement : certains pays taxent selon la résidence de l'héritier, d'autres selon celle du défunt, d'autres selon le lieu des biens. Renseignez-vous dans votre pays, auprès d'un notaire ou d'un conseiller fiscal local, avant de signer quoi que ce soit au Luxembourg.
Que change le règlement européen sur les successions ?
Il traite du droit civil, pas de l'impôt. Le règlement européen 650/2012, applicable depuis août 2015, prévoit en principe qu'une seule loi régit toute la succession : celle de la dernière résidence habituelle du défunt, sauf s'il a choisi la loi de sa nationalité. C'est cette loi qui dit, en général, qui hérite et dans quelles proportions. Le règlement a aussi créé le certificat successoral européen, qui permet de prouver sa qualité d'héritier d'un État membre à l'autre.
Ce qu'il ne fait pas : il exclut expressément les questions fiscales. Son application à votre cas, surtout si le défunt a choisi une loi dans son testament, est à vérifier avec votre notaire.
Faut-il garder, partager ou vendre le bien hérité ?
Avant de décider, il faut connaître sa valeur, car c'est elle qui sert de base aux droits. L'immeuble se déclare à sa valeur vénale au jour du décès, et l'AED peut la contrôler par expertise ou par comparaison avec des ventes récentes (Guichet.lu). Pour donner un ordre de grandeur, un appartement existant s'est vendu en moyenne 7 712 € le m² au Luxembourg sur les douze mois clos fin juin 2026, et une maison 945 274 € en moyenne (Le Logement en chiffres n°20). Une valeur sous-estimée expose à un redressement. Une valeur surestimée vous fait payer trop.
Si un héritier rachète la part des autres, le partage passe par un acte notarié, avec un droit de partage nettement inférieur aux 7 % d'une vente : faites-le chiffrer par votre notaire. Si vous vendez, vous reprenez le prix et la date d'achat du défunt : au-delà de cinq ans de détention, comptés depuis son achat, la plus-value est imposée à la moitié du taux global, avec un abattement de 50 000 € par personne et, pour la résidence principale des parents héritée en ligne directe, jusqu'à 75 000 € supplémentaires (Administration des contributions directes).
Comment procéder, concrètement, depuis l'étranger ?
En quatre étapes. Notez la date limite qui s'applique à vous, 6, 8, 12 ou 24 mois, et faites rechercher un éventuel testament (10 € en ligne, 20 € sur papier). Mandatez un notaire luxembourgeois : facultatif pour une succession exonérée, mais fortement recommandé, et une succession taxable se déclare par un professionnel. Faites estimer le bien sur des ventes réelles. Enfin, croisez le calcul luxembourgeois avec les règles de votre pays avant de signer.
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Cet article s'appuie sur les informations publiées par Guichet.lu, l'Administration de l'enregistrement, des domaines et de la TVA (PFI), l'Administration des contributions directes, le guide Chambers Private Wealth 2025 et Le Logement en chiffres n°20 (Observatoire de l'Habitat et STATEC). Les chiffres et exemples sont indicatifs et ne remplacent pas l'avis de votre notaire ou de votre conseiller fiscal, au Luxembourg comme dans votre pays.
Questions fréquentes
Un héritier qui vit à l'étranger paie-t-il plus de droits de succession au Luxembourg ?
Non. Votre pays de résidence ne change rien aux taux luxembourgeois : un enfant paie 0 % sur sa part légale, qu'il vive au Luxembourg ou ailleurs. Ce qui compte, c'est la résidence du défunt, la nature des biens et votre lien de parenté.
Le Luxembourg taxe-t-il les comptes bancaires d'un défunt non résident ?
Non. Pour un défunt qui ne résidait pas au Luxembourg, seuls ses immeubles situés au Luxembourg sont taxés, par un droit de mutation par décès aux mêmes taux que les droits de succession. Ses comptes et autres biens meubles luxembourgeois ne le sont pas.
Quel est le délai pour déclarer une succession au Luxembourg ?
6 mois si le décès a eu lieu au Luxembourg, 8 mois ailleurs en Europe, 12 mois en Amérique et 24 mois en Afrique ou en Asie. Une prolongation peut être demandée par écrit, et la déclaration reste obligatoire même si aucun droit n'est dû.
Existe-t-il une convention pour éviter la double imposition des successions ?
Non, le Luxembourg n'en a signé aucune. Le risque est limité par l'exonération des immeubles situés à l'étranger, les taux nuls en ligne directe sur la part légale et les éventuels crédits d'impôt de votre pays. Renseignez-vous dans votre pays avant de signer.
Un concubin hérite-t-il sans droits au Luxembourg ?
Seulement s'il était partenaire déclaré au moins trois ans avant le décès, ou marié. Sinon, il est traité comme une personne sans lien de parenté : 15 % avant majoration, jusqu'à 48 % sur une très grosse part.
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